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Formation

Depuis plus de dix ans, différentes ONGs dont DEME SO, le Consortium AJM-ODEF, l'APDF, la CAFO, entreprennent des programmes de formations des parajuristes pour l'appropriation des textes de droit par les communautés et la prise en charge de leurs problèmes de droit. Mais les différentes formations se faisaient selon les besoins et disponibilités de chaque acteur, ce qui ne favorise pas une vision uniforme ni du travail, ni de la formation du parajuriste.

Pour ce faire, DEME SO et ses partenaires de la société civile cités plus haut et l'Institut National de Formation Juridique (INFJ, service public à caractère scientifique rattaché au Ministère de la Justice) ont décidé de former un cadre de concertation pour essayer d'arriver à un curriculum de formation qui soit la même pour tous les parajuristes au Mali.

Le Curriculum National

Fruit de la coopération et de l'engagement entre les ongs maliennes formatrices de parajuristes, de l'Etat , des populations, des élus locaux, des OSC et syndicats, et des partenaires techniques et financiers, il vise à harmoniser leurs interventions et à améliorer ainsi la qualité de formation des parajuristes au Mali en vue de fournir un service de droit de qualité aux communautés à la base, en coopération avec l'Etat et les partenaires techniques et financiers du Mali oeuvrant dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit et de la démocratie.

Fondements de l'orientation curriculaire

Fondements juridiques, socio économiques et culturel

Le processus démocratique et l'édification de l'Etat de droit enclenchés en Afrique vers les années 90 ont permis de réaliser des avancées sur le plan institutionnel par la création des institutions démocratiques et l'organisation périodique des élections. Mais le problème réside encore dans l'appropriation des institutions et de leurs mécanismes en relation avec le niveau de connaissance des citoyens de leurs droits et devoirs. Cette situation a tendance à produire une démocratie beaucoup plus institutionnelle que fonctionnelle en raison justement de cette non appropriation qui éloigne davantage les institutions des citoyens qu'elles sont sensées servir, toutes choses qui fondent leur légitimité. Cette situation est propre à tous les pays africains nouvellement ouverts à la démocratie.

Le Mali, malgré les avancées démocratiques qui en font un modèle démocratique apprécié sur le continent, ne fait pas exception à la règle. Dans un contexte démocratique marqué par l'émergence de nouvelles institutions démocratiques avec toutes ses exigences, le niveau d'analphabétisme élevé et de faibles connaissances des populations, de leurs droits et devoirs mais également des mécanismes et procédures juridiques, il paraît évident que l'expérience démocratique rencontre des difficultés et des obstacles majeurs dans son enracinement. D'où la nécessité pour les structures de la société civile de s'organiser en vue d'apporter leur contribution, aux côtés des actions des pouvoirs publics. Il s'agit de contribuer à aider les communautés à la base, à s'approprier les processus, par la sensibilisation et la vulgarisation du droit. Le Parajuridisme s'est révélé au Mali et ailleurs, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, comme l'instrument par excellence de renforcement de la démocratie et de l'Etat de droit à la base, parce qu'il permet de porter le droit au plus prêt des communautés et de les aider ainsi à se prendre en charge dans le respect des textes en vigueur.

Fondements pédagogiques et didactiques

L'intérêt d'un curriculum national du Parajuriste au Mali est en tout premier d'uniformiser les formations, en offrant aux structures maliennes formatrices de Parajuristes, un programme commun et consensuel fondé une évaluation des besoins des populations à la base. Et de manière précise, l'approche curriculaire permet de mettre en synergie, l'élaboration du programme de formation à l'aide des choix thématiques fonction des besoins des populations, la conception et l'élaboration des matériels didactiques, la formation des formateurs, le dispositif d'expérimentation, d'évaluation et de validation, le dispositif de recherche action, enfin le dispositif de mobilisation sociale devant accompagner l'ensemble du processus.

A qui est destiné ce Curriculum?

Ce Curriculum est destiné à servir à la formation des formateurs, autrement dit la formation des parajuristes. Mais il s'adresse à tous les acteurs qui interviennent dans le domaine de la vulgarisation du droit: Ongs et associations, pouvoirs publics et l'ensemble des partenaires au développement qui interviennent dans le cadre du renforcement de la démocratie, de l'Etat de droit, de la bonne gouvernance et des droits de l'homme.

Structure et mode d'utilisation des Modules

Le Curriculum est construit dans une approche modulaire et obéit la pédagogie par objectifs. L'approche modulaire offre assez de flexibilité et d'autonomie pour les formateurs. Quand à la pédagogie par objectifs, elle vise à développer des changements de comportements, condition du changement social et du développement.

La structure des modules obéit à des exigences pédagogiques et didactiques strictes. Dans chaque module, une brève introduction, l'objectif général et les objectifs spécifiques, des stratégies d'apprentissages, des activités précises, des propositions sur l'évaluation de l'appropriation du Module, enfin des éléments de contenu de connaissance sur le thème, sont formulés et élaborés. Cette disposition didactique vise essentiellement à obliger le formateur des parajuristes à ne pas perdre de vue les enjeux et les dimensions qui intéressent les populations dans les différents domaines du droit. Le parajuridisme n'est pas l'enseignement du doit dans une forme académique. Il s'agit d'apporter le droit au plus près des populations. Ce qui veut dire que l'académisme professoral ne peut être ici l'approche pédagogique. En plus, le parajuriste n'est ni juriste ni juge. Il doit être doté des connaissances essentielles qui lui permettront de transmettre le droit dans un langage et un style accessible aux populations. Le formateur doit absolument tenir compte de ce paramètre, condition de réussite de la formation qu'il va assurer. L'expérience de terrain montre bien que le travail de terrain du parajuriste dépend entièrement du contenu et des méthodes d'apprentissage dispensés lors de la formation des formateurs. Ce qui veut dire que le formateur des formateurs tient ici une lourde responsabilité. Il sera évalué lui-même sur la base de l'appropriation par les apprenants des compétentes et capacités visés dans chacun des modules du Curriculum National.

Si les objectifs (général et spécifiques) peuvent être le noyau dur des modules, autrement dit, qui doivent être suivis à la lettre, afin de les atteindre, par contre les stratégies d'apprentissage, les activités et les méthodes d'apprentissage et de formation peuvent être ici considérés comme des indications ou des orientations pédagogiques qui n'aliènent pas la liberté pédagogique et didactique du formateur des formateurs. Il pourra les enrichir et les varier en fonction de son savoir faire pédagogique et la progression des apprenants dans l'acquisition des connaissances et des compétences.

En plus, l'ordre de présentation des modules n'aliène pas non plus la liberté didactique du formateur. Chaque module est traité de manière autonome et peut être traité indépendamment des autres dans un ordre laissé à l'appréciation du formateur. L'important est que l'ensemble des modules composant l'intégrité du Curriculum, soit traité. Les droits de l'homme sont fondés sur les principes de l'indivisibilité et de l'interdépendance. Ce qui veut dire que les modules sont interdépendants et forment un ensemble cohérent. Chaque module peut être mis en relation à chaque module. Le formateur n'oubliera pas ces liens et cette imbrication réciproque des différentes matières traitées dans les modules.

En ce qui concerne, les éléments de contenu des modules, c'est-à-dire du contenu de connaissances, ils restent très indicatifs, tout en donnant et en imposant la structure du contenu. Cette structure du contenu est élaboré en tenant compte des objectifs définis au départ, les objectifs eux-mêmes ayant été formulé sur la base des besoins spécifiques des populations cibles qui restent les ultimes bénéficiaires du parajuridisme. Cependant, tout en restant fidèle à la structure du contenu, le formateur est appelé à l'approfondir à partir de sa formation, de sa culture et de la documentation mise à sa disposition pour les besoins de la formation des formateurs. Il reste à préciser qu'il doit éviter l'académisme professoral et doctrinal en raison de la particularité de son public cible: le parajuriste encore une fois n'est pas un professionnel du droit. Il n'est ni un juriste professionnel, ni un juge. Il est tout simplement un relais, un médium.

Stratégies de mise en œuvre du Curriculum

Deux axes stratégiques principaux ont été définis autour de ce Curriculum : d'abord le renforcement des capacités organisationnelles et institutionnelles du cadre commun des organisations devant suivre et coordonner son opérationnalisation, ensuite la mise en œuvre effective qui implique plusieurs activités différentes mais interdépendantes qui ressortent toutes de son opérationnalisation :

  • l'élaboration des supports didactiques et pédagogiques, en particulier un manuel de vulgarisation destiné aux parajuristes;

  • l'identification des parajuristes à former;

  • la conception et l'élaboration d'un programme de formation des formateurs;

  • l'organisation d'une session de formation d'un noyau dur de formateurs de parajuristes;

  • L'identification des parajuristes;

  • L'organisation d'une session de formation des parajuristes;

  • L'expérimentation de la formation sur le terrain;

  • L'évaluation, la validation du curriculum et des documents pédagogiques;

  • L'édition de l'ensemble des documents (curriculum et manuels);

  • La généralisation de la formation dans les régions;

  • L'évaluation des impacts attendus du programme en matière de renforcement de l'Etat de droit et de la démocratie.

Organisation des différents niveaux de formation: formation, expérimentation et généralisation

L'organisation des formations se fera conformément aux stratégies ci-dessus indiquées. Mais elle s'appuiera d'abord sur la formation d'un noyau dur de formateurs de parajuristes. Ce noyau dur qui doit garantir la qualité du curriculum, est appelé à devenir les personnes ressources mobilisables par les structures formatrices en cas de besoin. Chaque structure formatrice organisera elle-même ses sessions de formation en fonction de ses ressources propres et des partenariats qu'elle aura développés. Chaque organisation organisera, sur la base du curriculum, une formation initiale homogène, uniforme de tous les parajuristes qui sera organisée progressivement dans les régions en fonction de l'installation des coordinations régionales. Ces formations initiales pourront être complétées dans le temps par des formations continues à même de maintenir le niveau des parajuristes ou des formations spécialisées des parajuristes à même de les aider à se professionnaliser davantage ou à suivre les besoins des populations dans le temps.

Certification des formations

Le Cadre, chaque organisation formatrice et le CILC certifieront ces sessions de formation. Le régime des sessions de formation doit être rigoureux dans le temps, le mode d'organisation et les enseignements en vue de permettre aux parajuristes de maîtriser l'ensemble des neuf (9) Modules composant le curriculum.

L'évaluation du Curriculum : modalités et instruments de mesure

En règle générale, il n'y a pas encore de procédures d'évaluations scientifiques et objectives en matière de vulgarisation du droit. Il y a bien des difficultés en cette matière parce que les individus sont affectés par toute une variété d'influences sociales en plus de celles qui s'exercent sur eux par le biais de ladite sensibilisation. Il s'agit d'un apprentissage à la fois cognitif et affectif non mesurable sur le plan strictement quantitatif parce que portant sur le vécu quotidien des populations. Mais malgré ces limitations, l'évaluation s'efforcera à rechercher des indicateurs devant servir à apporter les ajustements nécessaires sur le programme (ici le curriculum), les méthodes et les moyens de sa mise en œuvre. Elle pourra alors se faire de la manière suivante :

  • apprécier le niveau de réalisation du curriculum dans ses différents modules;

  • mesurer l'impact du programme sur la communauté, les formateurs que sont les parajuristes et l'ensemble des structures de l'environnement communautaire (justice, structures décentralisées, structures traditionnelles);

  • identifier les difficultés à la fois pour les parajuristes que pour les populations elles mêmes;

  • identifier les nouveaux besoins des populations.

Quoi qu'il en soit, cette évaluation nécessitera un état des lieux fondé sur des sources d'information comme les enquêtes, les rapports d'activités ou d'entretien.

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